A Brahic, la brume s'est levée.

Le village est silencieux. Juste le bruit d'une auto dans la vallée.

Juste un chat qui longe les murs aux vieilles pierres brunes.

Après un arrêt à la fontaine, nous prenons la route de Murjas....

 

Entre Brahic et Murjas,

nous suivons un chemin de calade à flanc de montagne,

constitué par des pierres plates patiemment agencées au fil des ans.

Actuellement, le chemin est en partie détruit par les sangliers en surnombre.

Comme les nombreuses terrasses laissées à l'abandon, fautes d'agriculteurs.

La montagne se meurt... Le travail de nombreux siècles sera bientôt perdu...

 

Il y a quelques années, la route se terminait à Murjas.

Pour rejoindre La Coste, il faut emprunter le sentier du facteur,

une piste difficilement tracée entre les amas de rochers et qui suit les contorsions de la Ganière

Au bout du sentier : La Coste et ses nombreuses terrasses.

Un village qui ne compte plus que cinq habitants en hiver....

 

En été, La Coste est peuplée.

De quarante à soixante habitants.

Des estivants pour la plupart, qui se plaisent à revenir dans ce petit bout du monde.

Presque toutes les maisons sont d'anciennes magnaneries, des élevages de vers à soie.

Sur le sentier du facteur, nous avons d'ailleurs rencontré de nombreux mûriers.

Sur le sentier pentu qui mène à Perries,

souffle un je ne sais quoi qui annonce déjà l'automne...

 

Peut être ce tas de bois qui annonce un automne précoce

En arrivant à Perriès, nous remarquons

de curieuses ruches-troncs, faites de berles, des troncs de châtaigniers morts.

Dans le petit hameau, il reste un apiculteur, très âgé, qui continue à utiliser

cette méthode ancestrale. Il en possède une centaine en contrebas du village.

Il faut dire que les troncs produisent moins que les ruches modernes....

 

Avant de quitter le sentier caladé

qui nous ramène à Brahic, instinctivement on se retourne une dernière fois...

Pour se remplir les yeux. Pour faire une provision d'images pour l'hiver.

Pour voir encore une fois les montagnes bleues et sauvages...

 

Au sortir d'un sentier,

que l'on aurait pu se perdre dix fois, il y a avait un cairn. Dieu merci.

C'est un tas de pierres. Que l'on retrouve dans toutes les montagnes du monde...

Chaque passant y ajoute sa pierre.

Et le voyageur se rassure, sachant qu'il est sur la bonne voie...

 

La Montagne:

Ils quittent un à un le pays

Pour s'en aller gagner leur vie

Loin de la terre où ils sont nés

Depuis longtemps ils en rêvaient

De la ville et de ses secrets

Du formica et du ciné

Les vieux ça n'était pas original

Quand ils s'essuyaient machinal

D'un revers de manche les lèvres

Mais ils savaient tous à propos

Tuer la caille ou le perdreau

Et manger la tomme de chèvre

 

Pourtant que la montagne est belle

Comment peut-on s'imaginer

En voyant un vol d'hirondelles

Que l'automne vient d'arriver ?

 

Avec leurs mains dessus leurs têtes

Ils avaient monté des murettes

Jusqu'au sommet de la colline

Qu'importent les jours les années

Ils avaient tous l'âme bien née

Noueuse comme un pied de vigne

Les vignes elles courent dans la forêt

Le vin ne sera plus tiré

C'était une horrible piquette

Mais il faisait des centenaires

A ne plus que savoir en faire

S'il ne vous tournait pas la tête

 

Pourtant que la montagne est belle

Comment peut-on s'imaginer

En voyant un vol d'hirondelles

Que l'automne vient d'arriver ?

 

Deux chèvres et puis quelques moutons

Une année bonne et l'autre non

Et sans vacances et sans sorties

Les filles veulent aller au bal

Il n'y a rien de plus normal

Que de vouloir vivre sa vie

Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires

De quoi attendre sans s'en faire

Que l'heure de la retraite sonne

Il faut savoir ce que l'on aime

Et rentrer dans son H.L.M.

Manger du poulet aux hormones

 

Pourtant que la montagne est belle

Comment peut-on s'imaginer

En voyant un vol d'hirondelles

Que l'automne vient d'arriver ?

 

Jean FERRAT