AÏGO BOULIDO

Je m’en rappelle encore, comme si c’était hier…

En fermant les yeux, je la revois encore assise là en bout de table en cerisier dans le prolongement du bahut en châtaignier qui trônait dans la salle à manger. Les gestes sans cesse semblables, cadencés comme l’aiguille d’un métronome, diner après diner….

L’eau chaude encore très fumante qu’elle versait dans les assiettes ébréchées et un quignon de pain qui finirait bientôt çà et là à la surface se laissant peu à peu imbiber de ce breuvage, qu’elle semblait prendre plaisir à déguster au fil des diners. Soupe qui du haut de mes 10 ans, me semblait une énigme, tant elle me semblait austère, frugale encore aujourd’hui.

Une soupe provençale préparée uniquement à base d'ail et de feuilles de sauge, de thym ou de laurier, arrosée d’huile d’olive.

Ne dit-on pas:

"L'Aigo boulido sauvo la vido maî au bout d'un tèms tuo li gènt" (En provençal).

Traduction : La soupe à l'eau bouillie sauve la vie mais au bout d'un temps tue les gens.

En effet si on en consomme beaucoup c'est que l'on fait trop la fête et c'est ce qui tue. Cela souligne à la fois les effets bénéfiques de cette soupe et son aspect économique.

C’est à ça que ressemblait nos diners hivernaux soir après soir une soupe épaisse et onctueuse agrémenté de légumes du jardin ou on pouvait deviner les morceaux.

Même gout, même consistance, pas de surprise donc mais un coté rassurant d’un plat qu’on connaissait du bout de la langue.

Ce n’est que plus tard, que j’ai réalisé qu’une soupe peut être à chaque fois même et si différente selon les légumes utilisés à la réaliser

Et à la maison la soupe n’était jamais la même.

Chaque famille a sa propre recette d'aïgo boulido; cette soupe se sert traditionnellement le 25 décembre au soir après les agapes de Noël.